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Bolivie

Evo : Un bilan présidentiel plus que positif

Premier mandat d’Evo Morales Ayma (2006-2009)

Publié le 4 décembre 2009 par Thomas T.

Avec une croissance de 4% par an pour 2009, le président Evo Morales Ayma et son gouvernement ont fait de la Bolivie un exemple de développement économique pour l’Amérique Latine. par Juan Manuel Bueno Soria*, Revista Fortuna, Mexique.

Infosud Tele

Du fait de ce triomphe incontestable, le premier président indigène en plus de 180 ans de vie républicaine de la Bolivie se présente comme le candidat le mieux placé dans les sondages en vue des élections présidentielles qui se dérouleront le 6 décembre.

Le FMI signale pour sa part sur son site internet, concernant le développement de l’économie bolivienne, qu’elle obtiendra un excédent de la balance des paiements de 1,1% du PIB en 2009, qui augmentera jusqu’à 1,3% en 2010. Ce bagage, conjugué à un exercice intense de la démocratie (un referendum ratificatoire pour lequel il a obtenu 67% des suffrages et une nouvelle constitution promulguée en février 2009, qui définit le pays comme un État plurinational), il est probable que le président Morales atteigne plus de 60% des voies lors de la prochaine élection présidentielle.

Membre de la nation indigène aymara, Evo Morales a entamé son exercice présidentiel le 22 janvier 2006, et l’évolution favorable des variables économiques de son pays a été reconnue tout le long de cette période par des organismes spécialisés publics et privés. La Bolivie n’est plus aux yeux du monde l’exemple d’une nation oubliée.

Le processus de croissance (2006-2007)

Le Centre d’Étude Économique et des Politiques (CEPR) situé à Washington DC a publié dans son rapport d’août 2007 la progression notoire des principaux indicateurs de l’économie bolivienne, parmi lesquels la croissance du PIB de 4,6% en 2006. Le document établit que « le secteur manufacturier a connu l’une des plus fortes croissances avec une variation de 8,1% », et que « la construction –travaux publics inclus – a également rebondi, avec un taux de croissance de 4,5% en 2006 ». Le CEPR a également souligné la situation favorable des finances publiques, de la balance des paiements et des réserves internationales, qui représentent pour cette année 32% du PIB. Parallèlement, la dette publique externe totale de la Bolivie représente seulement environ 16% du PIB, un niveau plutôt acceptable d’endettement externe.

Le rapport rend compte par ailleurs des mesures du gouvernement d’Evo Morales pour améliorer la situation de la population en général, incluant le programme national d’alphabétisme qui recense 172 314 diplômés et 328 933 participants actifs. Le document mentionne en outre le lancement d’un ambitieux programme de réforme agraire et d’attribution de terres, à travers lequel 481 664 hectares ont déjà été distribués à des paysans pauvres.

La Commission Économique pour l’Amérique Latine (Cepal), dans son Étude économique 2008-2009 de l’Amérique Latine et des Caraïbes publiée en juillet dernier, indique que « l’économie bolivienne a continué en 2008 à présenter des résultats positifs en termes de croissance de l’activité économique, de balance externe et de balance fiscale ». « Le PIB a enregistré une croissance de 6,1%, soit 1,5 points de plus qu’en 2007 », et « la croissance de l’activité économique s’est traduite par une diminution du taux de chômage, passé de 7,7% à 7% ». Le rapport signale aussi que le secteur public non financier a enregistré un excédent équivalent à 3,2% du PIB.

Fin 2008, les réserves internationales nettes de la Banque Centrale de Bolivie ont atteint le niveau historique extraordinaire de 46,3% du PIB. Pour la même année, la dette publique externe de l’État plurinational de Bolivie a augmenté de 10,4%, ce qui correspond principalement à la dette contractée auprès des organismes multilatéraux et à la dette bilatérale, ce surtout vis-à-vis de la République Bolivarienne du Venezuela dans le cadre du renforcement des relations économiques entre les deux nations. Pour la période prise en compte par la Cepal, les exportations boliviennes ont augmenté de 44,6%.

Les bénéfices pour la population

Ceux-ci ont été multiples en matière de développement communautaire, d’éducation et de santé. Citons-en quelques-uns : le 19 février 2009 a été décrétée une augmentation de 12% du salaire minimum public et privé, mesure rétroactive au 1er janvier. Le 3 avril 2009 a été décrétée la remise de bons en faveur des mères enceintes et des enfants de moins de deux ans, dont le paiement a commencé le 27 mai 2009. La mère enceinte recevra quatre versements de 120 bolivianos correspondant au coût de sa présence aux quatre contrôles prénataux, et un versement de 120 bolivianos pour l’accouchement dans des institutions désignées ainsi que pour le contrôle postnatal. Quant aux mères avec des enfants de moins de deux ans, elles recevront 12 versements de 125 bolivianos pour 12 contrôles sanitaires complets bimestriels. Le coût fiscal de cette mesure, selon la Cepal, est d’environ 70 millions de dollars.

Il faut mentionner par ailleurs que le travail des paysans a été considéré plus dignement, notamment celui des cocaleros, sous la présidence d’Evo Morales.

Développement technologique et industriel

Le 29 août 2009, l’Assemblée générale des Nations Unies a nommé Evo Morales « Héros Mondial de la Mère Terre », en reconnaissance de son combat pour l’environnement, et a accepté de déclarer le 22 avril Journée Mondiale de la Pachamama (Terre Mère en aymara et quechua). Il faut aussi, même de façon résumée, mentionner certains des derniers succès obtenus en matière de développement industriel par le pays, dans un cadre de respect de l’environnement et de soutien aux cultures locales :

Dans deux ou trois ans, le satellite Tupac Katari sera mis en orbite avec le soutien de la Chine.

Une usine de lithium a commencé à être construite avec un investissement de 350 millions de dollars. Les réserves boliviennes de lithium sont les plus importantes du monde. Le lithium est un élément chimique aux multiples applications en termes de transfert de chaleur, et il est utilisé comme composant dans les batteries électriques.

Une usine de cuivre a été inaugurée en octobre, qui produira 3600 tonnes par an, de sorte que le pays pourra devenir le troisième producteur de cuivre du monde derrière le Pérou et le Chili. La Russie, la Corée du Sud et le Japon ont manifesté leur intérêt pour devenir les premiers clients pour l’acquisition du cuivre bolivien.

Les obstacles au développement

La lutte n’a pas été facile, comme le signale la Cepal : « Au premier trimestre 2008, l’État plurinational de Bolivie s’est vu affecté par le phénomène climatique La Niña, en particulier dans les départements du Béni et de Santa Cruz, et en janvier 2009 l’urgence nationale a été déclarée à cause de l’épidémie de dengue. »

En 2009 les exportations boliviennes vers les États-Unis ne bénéficieront plus du système préférentiel de la Loi de promotion Commerciale Andine et d’Éradication de la Drogue, qui n’a pas été renouvelé par le gouvernement des États-Unis.

Par ailleurs, les tentatives de déstabilisation politique de l’extrême droite favorable à la séparation des départements de la région connue comme la demi-lune, ainsi que les tentatives de magnicide, ont absorbé de multiples efforts et ressources économiques, mais n’ont pourtant pas empêché le développement économique actuel.

Les difficultés électorales et la main étasunienne

L’atmosphère électorale est perturbée par l’organe Électoral Plurinational dirigé par Antonio Costas, dont on sait qu’il soutient les campagnes de Manfred Reyes Villa, candidat à la présidence pour le parti de droite Plan Progrès pour la Bolivie. Ce militaire a étudié au sein de l’école des Amériques, institution étasunienne où se sont formés de nombreux militaires latino-américains responsables de violations des droits de l’homme. Il fut également préfet de Cochabamba et révoqué lors d’une consultation populaire en 2008. Son colistier Leopoldo Fernández, candidat à la vice-présidence et ex-préfet du département de Pando, est détenu et accusé de terrorisme, d’assassinat, de sévices graves et d’association délictueuse dans le massacre survenu à El Porvenir en septembre 2008, au cours duquel 13 paysans et étudiants furent abattus.

L’ex-ambassadeur des États-Unis en Bolivie Philip Goldberg a été nommé à la fin du mois d’octobre nouveau secrétaire adjoint aux services d’intelligence du département d’État, ce qui conforte le soupçon du gouvernement bolivien selon lequel son séjour en tant qu’ambassadeur en Bolivie était lié à des fins de “conspiration”. Le gouvernement d’Evo Morales a déclaré Goldberg persona non grata en septembre 2008, après l’avoir accusé de soutenir les sénateurs séparatistes. Les États-Unis ont à leur tour expulsé l’ambassadeur bolivien.

Les États-Unis et la Bolivie travaillent actuellement à la recomposition de leurs relations, au service de l’intérêt et la dignité de la Bolivie. Aussi, il est prévu qu’un accord-cadre entre les deux nations, actuellement en débat, soit signé dans les mois à venir.

Goldberg à peine nommé au Département d’État, une campagne de diffamation de l’opposition a été montée afin de déprécier la gestion du président Morales en vue des élections de décembre prochain, avec la mise en circulation de vidéos accusant le gouvernement d’être impliqué dans de prétendus actes terroristes. Il s’agissait de le lier au groupe de tueurs à gages commandé par Eduardo Rózsa, mort dans une opération de police le 16 avril dernier à Santa Cruz. La bande projetait d’organiser des milices à Santa Cruz et d’attenter contre la vie du président Evo Morales. Morales a estimé que certains corps de la police bolivienne avaient pu être aux services de l’ambassade étasunienne dans le cadre de ces provocations.

En outre, les nouvelles bases militaires étasuniennes en Colombie vont à l’encontre des gouvernements progressistes du continent, et ne garantissent pas la sécurité de la région : la Bolivie, comme l’Équateur, le Brésil et le Venezuela sont les principaux pays affectés par la menace militaire étasunienne.

Malgré tout, le président bolivien a réussi à obtenir le respect de la communauté internationale pour son pays. À niveau régional, la Bolivie a joué un rôle important dans le processus d’intégration dans le cadre de l’Alternative Bolivarienne pour les Peuples d’Amérique et l’Union des Nations Sud-Américaines. C’est pourquoi il est essentiel, pour la dynamique future du processus de démocratie et d’intégration de l’Amérique Latine, de continuer à pouvoir compter avec la participation d’Evo Morales.

Dans ce contexte, tout semble indiquer que le fait d’avoir gouverné le pays selon les principes fondamentaux de la culture aymara, honnêteté, travail et sincérité, a permis qu’à quelques jours des élections présidentielles et malgré les actions de l’extrême droite criolla soutenue par l’empire, les enquêtes diffusées indiquent la préférence élevée des votants boliviens pour le président Evo Morales.


*Docteur en droit de la coopération internationale pour l’Université de Toulouse I, France

Publié originalement par : Revista Fortuna, « Bolivia, balance de una gestion exitosa ».

Traduction : A.F. (Bulletin EBFR)


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