BALI, C’EST FINI
Le génocide des pauvres
E finita la comedia, dit-on.

Publié le 28 janvier 2009 par
Pendant quelques jours, des délégués du monde entier se sont réunis dans cette jolie île indonésienne, où l’on aime à faire du tourisme quand elle n’est pas submergée par un tsunami.
C’était pour une importante conférence, la conférence dite de Bali, qui mériterait de rester dans l’histoire comme la date la plus honteuse de la conscience humaine...
Parlant d’îles submergées, justement, on apprenait récemment
que deux douzaines parmi les milliers d’îles qui composent
l’Indonésie devraient bientôt disparaître. On parle alors
de « réfugiés climatiques » : les quelques milliers d’habitants
de ces îles « trop basses » n’auraient qu’à déménager. Ce qu’on oublie de recenser alors, ce sont les très nombreux
autres endroits sur terre « trop bas » – et leurs plus nombreux
habitants. À moins que la mer ne monte qu’en
Indonésie… Sont en fait menacées, pour commencer, dix
grandes villes, au premier rang desquelles Calcutta. En neuvième
place vient Miami, la seule de ces villes classées à risques
qui soit du “premier monde”. Si la mer monte, c’est parce que 40% de la banquise aura
fondu depuis un quart de siècle. Et cela fait 40 ans que l’on
vit sous le régime de la catastrophe annoncée. C’était en 1967 que des scientifiques inspirés annonçaient
que si les choses suivaient ainsi leur cours, le fameux “effet
de serre” – identifié depuis le XIXème siècle –, ne pouvait
que produire quelques degrés d’augmentation de la température
planétaire. Depuis, d’année en année, de rapport en
rapport, la prévision ne fait que se confirmer. Et l’on ne fait
que vérifier l’étendue des dégâts. Depuis une vingtaine d’années maintenant les organismes
internationaux auront pris la chose au sérieux, et l’on a institué
le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat,
le désormais fameux GIEC, prix Nobel cette année. Une construction unique ce GIEC. Des savants du monde
entier travaillent ensemble, croisent leurs observations, discutent,
réfléchissent, pour faire le point – pour savoir ce
qu’il en est vraiment de ce problème collectif de l’humanité,
le réchauffement climatique. Ainsi, il y a dix ans, ils pouvaient apporter des conclusions. C’était
pour la fameuse conférence de Kyoto qui donnera naissance au
protocole dit de Kyoto, actuelle loi suprême de l’humanité.
Comme on sait, aussi fondamentale que soit la loi supposée
garantir la préservation de l’espèce, elle n’aura pas été adoptée
par tous. Les États-Unis, en particulier, s’y seront opposés.
Mais de quoi s’agissait-il ? Les experts du GIEC étaient arrivés avec un message simple
: il fallait réduire aussitôt de 50 à 80% les émissions des
pays industrialisés – et freiner la croissance de celles des
pays en voie de développement. Le protocole de Kyoto décidait alors solennellement de
tenter de réduire les émissions des pays industrialisés de…
5,2%, en une quinzaine d’années. Ainsi était décidé le suicide de l’humanité. C’était il y a dix
ans. On fera beaucoup de fumée ensuite autour du différent
avec les américains, ces méchants qui refusaient de signer
l’accord irresponsablement minimaliste de Kyoto. Ainsi un
faux problème permettait d’éviter de voir le vrai. Dix ans plus tard, qu’on se rassure : rien n’a été fait, ni par
les uns, ni par les autres. L’Europe, soit disant « vertueuse », aura, par exemple,
développé les compagnies d’avions « low-cost ». Pourtant les experts avaient bien prévenu : le problème
principal, ce sont les avions, avant même les voitures. Qu’à cela ne tienne : désormais ça coûte dix fois moins
cher de voyager en avion qu’en train, de Madrid à Paris.
Il fallait voir la une de Libé du jeudi 13 décembre, en pleine
conférence de Bali, pour mesurer l’étendue de la moquerie. « Low-cost à tout prix », titrait le journal qui explique
doctement que « le gouvernement y voit un soutien au pouvoir
d’achat ». Avec trois pages ensuite pour expliquer ça –
et comment la France serait « à la traîne » en la matière,
et manquerait d’aéroports. Le sujet était-il à ce point d’actualité ? Il fallait aller page
17 pour découvrir qu’à Bali le même jour, le représentant
du même gouvernement français, se faisant mine de se
préoccuper plus que quiconque du dit réchauffement climatique,
proposait un impôt mondial, récupérant le principe
de la taxe Tobin sur les flux financiers, pour réparer les
dégâts de la grande catastrophe annoncée. Justement, un autre rapport de l’ONU, publié à la veille de
l’ouverture de la conférence de Bali, chiffrait un peu plus précisément
l’addition, réclamant aussitôt 86 milliards de dollars
d’aide aux pays pauvres, principales victimes d’une catastrophe
directement imputables aux pays riches [voir QSP n°16]. De ceci il n’aura simplement pas été tenu compte à Bali. Mais, surtout, ce qu’on oublie de dire, c’est que le premier
effet annoncé par les experts dès avant Kyoto, ce doit être
une catastrophe agricole – soit une catastrophe alimentaire.
Les experts ont évalué à un milliard le nombre de
personnes destinées à mourir de faim. Deux milliards manqueront
d’eau. Et depuis cette été, les effets à grande échelle de la catastrophe
annoncée ont déjà été d’une envergure suffisante pour que l’humanité
ne couvre pas ses besoins alimentaires en 2007. À Bali, après quelques jours de cirque où les premiers rôles
étaient tenus par Jean-Louis Borloo et par la section française
de Greenpeace, les conférenciers se seront séparés
« déçus » : ils renoncent cette fois à tout objectif « chiffré
». Y compris les « mesures d’atténuation » suggérées par
le GIEC ne seront pas prises en compte. L’humanité confirmait
ainsi son suicide. Curieuse politique. Malheureusement, comme on l’aura
compris, il s’agit là de bien pire que d’un acte inconscient
ou bêtement dépressif. Cet été, à l’occasion des innondations
exceptionnelles provoquées en Inde par une mousson
record – jamais vue de mémoire humaine –, les observateurs
pouvaient enregistrer un phénomène qui n’étonna
personne : seules les basses castes souffraient. Le rapport de l’Onu le confirme : ce sont les pays du sud
principalement qui sont destinés à subir la catastrophe climatique.
Les premiers touchés seront bien les deux millards
et demi d’humains qui vivent avec moins de deux
dollars par jour. En un mot, ce qui a été décidé à Kyoto et
confirmé à Bali, c’est bien l’extermination du plus grand
nombre possible de pauvres. Fin 1941, il y a 66 ans, à la conférence de Wansee, les nazis
décidaient secrètement de l’extermination du plus grand
nombre possible de juifs. Cette fois, c’est en pleine lumière,
sous les micros et les caméras de la presse mondiale, que les
exterminateurs de notre temps se seront réunis. Pour décider
du plus grand génocide jamais envisagé : le génocide
des pauvres. QSP ___ COMMENTAIRES ENVOYÉS LE 26/07 VIA LE FORMULAIRE DE QSP : Le document du numéro 17 "Le génocide des pauvres" est intéressant, et
les conséquences du réchauffement climatique sont indéniables, j’en
doute pas un seul instant. Seulement il y a une grosse erreur
scientifique : "Si la mer monte, c’est parce que 40% de la banquise aura fondu depuis un
quart de siècle." C’est totalement faux, c’est pas à cause de la banquise, mais pour 3
autres raisons : La banquise, c’est de la glace qui flotte sur l’eau, et quand elle fond
elle prend pas plus de place dans la mer (comme un glaçon dans un verre
d’eau) Cordialement, Florent Kaisser
la fonte de la glace continental (Groenland, Antarctique)
la fonte des glaciers montagneux
la dilatation de l’eau du à son réchauffement
••• Le Génocide des pauvres est un article initialement publié dans le numéro 17 du Quotidien des Sans-Papiers (samedi 22 décembre 2007). QSP, Le Quotidien des Sans-Papiers __ Photo : Inondations de Man With No Name
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